15
déc

a woman in a bar

Sa culotte vibre, ses petits poils noirs pendent le long de ses membres, l’humus du tube brille. Tout luit, tout suinte. Elle veut. Elle veut.

Les mains râleuses effacent les froids, essuie les regards au fond du café. Son rouge à lèvres en poids sans mesure s’effrite contre sa coupe purpurine. Son petit ballon s’envole presque, l’alcool est la montgolfière. Elle déverse son haleine lourde sur le dos des voisins de zinc, sûr qu’elle veut. Elle voudrait être touchée. Touchez la. Bande de sourds aveugles. Une main, un doigt, un poing, qu’on la touche.

Enfin.

Ses phalanges courent sur ses filaments gris, ses autres cheveux noirs parcimonieux s’évadent avec les heures. Elle gratte les racines, frotte son crâne trop lourd pour une nuque décharnée.

Mais elle se cambrerait encore si on la touchait.

Personne ne baise plus personne, rien que de la torture, on les entend, les loups, mais ils rôdent en dehors des villes. Les bars ne sont plus ce qu'ils étaient.

Elle attrape l’instrument d’abondance qui délivre la liqueur blonde avec véhémence, la mécanique de la pression l’amuse. Puis elle s’injecte les fumées émétiques dans les narines. La dose contre le désastre. Le choc contre la lucidité. Il serait si simple qu’on la bouscule, même sans but.

Mais elle chute sans assistance. Ses cuisses amerissent sur la tomette fissurée, les losanges l’entraînent, et ses genoux rocailleux embrassent la barre de laiton. Ses joues rencontrent les pieds, les mégots, les vieux chiens.

 

« What’s new pussycat... Whooowhoooooo… »

 

R.A.S. tous les docteurs sont absents, personne ne la touche, ni ne la ramasse.

Les gens survivent, tout autour d’elle, dans des élans frénétiques de quotidien délavé. Elle ravale un remord, bouffe un sanglot et tente une enjambée qui la sauverait du sol. Les pas dans le néant s’enchaînent. Le barman ignore la misère de ceux qui ne peuvent plus s’accouder. Le Bodybuildé du bras droit la contemple, la méprise. Il paie le verre mais pas la nuit. Le squatteur du radiateur rit gras, il aime les femmes à terre, celles qui marchent debout l’ont toujours terrifié.

Elle gît. Sur un mur, elle devine une épitaphe se dessiner sur une plaque émaillée. Elle s’émerveille deux instants devant l’affichette qui lui rappelle sa vie « La maison ne fait pas crédit ».

Assise sur son désespoir, elle ouvre la bouche. Puis, ses dents feintent la bonne humeur, histoire d’attraper un œil, ce doigt, ce bras… son futur périple, retrouver l’errance qui la désarçonne de ses relents d’éveil.

La besogne de l’alcool traître mine sa conscience. Et si sa mère la voyait.

Personne ne la voit, c’est heureux. Elle n’ira plus aux bois, son gosier tout crotté. Un clou rouillé pénètre sa hanche. C’est drôle, cette douleur, si petite, si vive... intensité éphémère.

Emportez la, touchez la, chopez son aisselle et faites la marcher au moins jusqu’au kiosque à journaux, jouez la béquille. Vous pourriez même lui dire qu’elle sent la vinasse, qu’elle a prit un coup de vieux. Touchez la. Juste un doigt, un bout de bras.

 

© Milady Renoir

 

(art by Eric White « Intermezzo »)


13:56 15/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

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