22
nov

Eugène Savitzkaya

Eugène Savitzkaya, il y a deux mois, Je découvre ceux-là :

 

« Il transformera la terre en un vaste clapier qu'il compartimentera pour séparer les espèces. »

« J'exerce sur mes membres si peu d'ascendant que tout leur sang s'écoule vers le sol. »

« Il faut que tu saches que je n'ai jamais connu de corps plus laid que le tien (…) Mon doigt s'est sali jusqu'à l'os chaque fois que tu m'as demandé de prendre ton pouls. »

« Ce n'est pas la beauté qu'il s'agit de rechercher, ni la perfection, mais une certaine adéquation avec la lumière, le vent, l'état des lieux. »

« Regarde sous tous les angles, casse ton cou, ferme un œil puis l'autre, tords ta bouche de dépit et de perplexité. Tu ne comprendras jamais que cette parcelle de chair sur laquelle tu lances tes projectiles est un dos, que sur la peau du dos on pose des baisers qui sont ressentis par la moelle épinière parfois comme des chocs, parfois comme des blessures, parfois comme des caresses (…) Et n'oublie pas que ce dos contre lequel tu t'acharnes, que tu voudrais trouer et pulvériser, que ce dos qui est peut-être celui de ton ennemi n'a pas d'yeux et est doux comme le limon de la terre. »

 

Puis j’avale « un fou trop poli » en deux heures.

 

« Ainsi, non par ruse mais par nécessité, il s’est glissé dans la peau et sous le plumage d’un coucou en apprentissage de la vie sur la coquille minée de la terre […] Pendant que les bombes imaginées et conçues de cerveau d’homme, intuitu personae, secouent le sol en différents points du globe, le fou sème de la phacélie (pour que le bleu ne manque pas aux gelées d’automne) et affirme, parlant à la mode de Hunan : le pauvre étudiant que je suis vous confie qu’il n’y a rien de plus beau que citronniers parmi le feuillage dentelé plus fin que celui de la carotte. »

 

« Quelqu’un dicte mes mots, un autre les épelle, cela fait un murmure qui gonfle dans le ciel qui commence au ras de la terre, grosse boule féconde sécrétée ou excrétée, d’eumolpe à euphorie, d’un secrétaire en bois. »

 

Et jeudi dernier (depuis, je n’ai rien écrit), aux Halles de Schaerbeek, une annonce…

Une lecture de la folie originelle.

Accaparée par Chloé Delaume lors d’un Mille-Feuilles précédent, je suis impatiente de ressentir un autre coup de corps, une intrépide aventure avec la poésie tranchée.

Mais, après un tour de bancs, je les entends à peine, les voix des Lecteurs s’emmêlent dans la basique turpitude des lectures sans vie, on ne sent pas la folie originelle, sauf une fois, entre deux passages à tabasse, non, je ne vous entends pas, mesdames les joueuses, non, je ne vois pas votre point sous la lampe vacillante, non, certains messieurs, votre appui sur chaque première syllabe me rend somnolente. D’ailleurs, l’homme à côté de moi, trempait ses narines dans le dos de devant, non, chères bonnes volontés, vous n’avez pas réveillé les ondes. La polyphonie peu corsée ne m’a pas rendu mon théâtre imaginaire dans lequel je vous avais planté, Eugène décor de feu, Eugène naturel au galop, Eugène, le Gecko mythique.

Je n'ai même pas couru après l'Homme pour saluer ou le faire admettre son regard sur l'un des livres emplettes.

 

Alors, je suis revenue aux papiers, ses parchemins félins, retournée dans l’allée noire, à la lettre S.

15:55 22/11/2005 | Lien permanent |  Facebook

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