8
nov

Regard Noir

L’oeil ivrogne scrute encore. Gluant et apatride, l’iris éthylique incisif comme un ‘long drink glass’ broyé tuméfie mes audaces, éborgne mes élans. Parce que rire le rend sourd, parce que sourire le rend aveugle, il crache sur les promeneurs d’en bas de son pont.

Œil prodigieux par sa résistance, cynique par son absolu trituré, il gît dans sa marée glacée, perdu au fond d’un frigidaire sans issue…

Entre deux gorgées de mazout, il comble les œuvres tristes de son être plâtre blafard, son esprit béton fumigène. Il empiète sur son horizon, plante ses poils drus dans ma gorge, comme un couteau de fourrure sanguinolente dans la chair d’un lapereau. La curée recommence à chaque respiration. Sauron de comptoir, l’œil ne s’amuse plus avec ses congénères, il heurte le zinc de sa fureur malhabile en beuglant que les âmes sont perdues. Son haleine contagieuse vole au dessus de sa paroisse… Sainte Abstinence, criez pour lui.

Ensuite, les larmes agitées, les remords percutants valdinguent dans le limon. Les empreintes creusent le visage, chaque ride est un degré de soumission supplémentaire. L’exaspération fond dans le cul d’une canette ouverte, et c’est la gloire qui termine sa nuit dans un gruau de colle amère. Les pieds dans l’écuelle, on digère la sauce aigre douce, on partage un regard canin… Le lit s’endort sans moi, et c’est au matin brun que le coude se plie, tard ou trop, sans égard, sans regard.

 

Art by Wieslaw Walkuski

09:19 08/11/2005 | Lien permanent |  Facebook

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