20
oct

Retour avec un départ ou départ avec un retour

Matin Chemin (j'y retourne un peu...)

 

 

Chemin de droite. Matin brun. Fille du Calvaire, sans godasses, ni chaumière. Un principe de vie agricole dans le quotidien, j’étais jachère. Un sillon, deux sillons, trois sillons, soleil sans moteur. Allô chéri, j’ai peur. Tonalité charnière. Zéro pointé. Nuages verts dans la gorge, brume sans carnation dans la paume, Zéphyr me conviait à sa cantine roulante.
J’ai eu faim, je n’ai rien avalé de cette satanique journée.

Chemin de gauche. Matin cynique. Choix délavé. J’ai cru aux sons, aux éclats. La mort derrière, on avance plus vite. C’est un Serpentin entre les cuisses qui me donna l’alarme. J’ai eu soif, je n’ai eu que venin sirupeux dans un verre grenadine. Un matin chagrin avec une araignée ès poire dans le collimateur.
Ça rend sourde de toucher le seXe des hommes ?

Chemin du milieu. Matin nuit. Sans rêverie solitaire, ni soldat troué. Une voix engourdie sortit de mes terres. Un narquois dans le giron, c’est la foi qui s’en va. On rigole de ses humeurs partiales. Si c’est Parent qui le dit, on le suit. Mais jouer à Colin Maillart avec soi, ça rappelle l’absence. J’appelai une glande mammaire, une gonade familiale, mais c’est la mire de fin qui se mit à rire. Rideau !

Chemin du dessous. Matin câlin. Sous la couette, les Enfers. Les tentures grisonnent comme les poils d’un torse de loup. La fenêtre claque des doigts. C’est dimanche, on ne baise plus. Quand on aime, on ne sent plus. Jour du Saigneur. Parabole du sang tourné. La lignée des victimes, tu crois que ça donne la diarrhée ? J’ai rentré mes index dans mon cœur, ce n’était pas aujourd’hui que le boucher faisait livraison à do(mi)cile.

Chemin du dessus. Matin fichu. Les bons comptes font les bons cons. Je n’ai pas trouvé mon or. Les dents dans le cagibi, je l’ai caché toute une vie, depuis. Oreilles et bouche décimées, ce fut ensuite au tour du nez de saigner. Mon rire est resté coincé dans un mouchoir de poche. Initiales filées à la haine. Vivement demain, criaient les petites souris, qui fuyaient quand Papa trempait dur sa poupée. C’était bien chez Lorgnette.

Chemin de rien. Matin rompu. Bâtons dans les jambes, jolies orties et pisse au lit. Les hommes, ça sent fort, dit la Déçue. Moi, j’en voulais un, un humble et drôle, un drille véto pour jouer au papa et à la maman.
D’hivers en automnes, je me rappelle ce matin crétin. Les autres regardent quand ça les blesse. Moi, j’ai compté 1356 maux de tête de Cerbère. La main dans le ressac, j’ai attrapé une pierre, l’ai tué de deux coups.

Chemin de demain, matin sans embruns. La suite s’écrit dans la Vie, pas dans le récit. Depuis, je comble des pages, rassasiée d’envies lourdes. Merci à celui qui souffle et lève les draps dans l’herbe. Carrefour des amitiés. Feu vert. Je traverse les rus sans mouiller mes pupilles. Œillères dans la rigole. Je retourne au pays.

 
© Milady Renoir


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Jenny Morgan “the exhausting task”

19:47 20/10/2005 | Lien permanent |  Facebook

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