11
oct

Prisons (Hommage à la Blanket Protest de Bobby Sands)

« Prisons »

 

Sois la bienvenue. Ce matin, encore, tu ne flirtes pas avec l’absence, te voilà, fraîche comme une lumière, attentive au moindre pas que je crie. Tu me souris, presque. Ton amplitude fait jaser mes derniers sens, peu de chance que je t’oublie, tu le sais bien, je ne t’ignore jamais.

Tu es belle, si belle, tu lui ressembles, tu as son allure docile et bohémienne, sa voix fébrile à l’écho de mes murmures sanguinolents. Je suis si heureux que tu ne m’abandonnes pas à moi, si heureux que tu persistes malgré l’étouffement que je fais subir. L’étendue de mon offrande s’amincit  avec mon horizon, ma foi s’avilit mais tu restes là. Bienvenue ma fidèle… je te concède la place que tu peux bien prendre… Pourtant, cette nuit, ce cauchemar persistant, celui qui te fait m’avaler, celui qui gonfle ta force sempiternelle pour m’engloutir, m’anéantir, ce songe qui me rend diffus, dispersé. Tu sais, je maigris aussi vite que tu tournes autour de moi, j’échange quelques muscles arides contre un costume gris. Mes chairs s’échappent, mon sang s’évanouit à l’approche de l’indicible horreur de ma prochaine non existence, mais toi… non, la nuit m’a menti. Tu es ici, toujours ici, je te touche. Je te sens collée contre moi, ravivant le mouvement. L’étalage de tes contours rassure, me reconvertit à la survie…

Ma douce ombre. Je te veux au sein de mes côtes… approche encore, joue avec mon regard obstrué, toute bariolée que tu es, couverte de multiples visages et grillages, je te sens joueuse, je te sais pénétrante, vivace. Tu entres et sors à ton aise, toi seule sors de l’unité que je compose avec ces murs… Tu passes de murailles en entrailles arborant le sourire d’une mariée éternelle.
Et tu dresses le doigt quand je hurle, tu avances une assise quand je tombe, tu me berces dans ta noirceur lorsque je m’effondre. Toi, mon ombre délicate et furie, mon être te restera bientôt sur les bras. Tu ris… Tu n’as que faire de ta liberté matricide, tu disparais au changement d’astre, tu te confonds entre deux mains jointes, fuyant derrière mon crâne lorsque la nébulosité sonne le silence.

Mère et sœur, tu verses ton adoration sur mes excrétions malades, ton onguent cicatrise mes instants perdus. Où erres tu lorsque je suis assommé ? Où t’immisces tu lorsque je suis l’inconscient ? Aimes tu un autre que moi ? Joues tu à chat avec d’autres rats ? Mon ombre, tu es si belle, pardonne moi… Je suis fatigué, las de n’avoir plus que toi, pourtant, tu es si présente, aussi suave qu’une houle blanche. Je suis juste fiévreux, agité par l’air avarié, consterné de ma brume oculaire.
Mon ombre, approche… allonge toi contre moi, contre le mur de mon cœur droit. Allonge ta course sur mon corps… tiens moi chaud, tiens moi au creux de toi… fermons nos yeux afin que le silence reste carence. L’échéance de la fin du jour devient doucement l’extrémité de ma raison… Enveloppons nous dans la ouate noire que tu tisses tranquillement autour de moi, mon ombre… tu es si belle.

 

© Milady Renoir

 

(Hommage à Bobby Sands, http://www.monde-diplomatique.fr/2003/10/GOUVERNEUR/10561 & http://www.arbedkeltiek.com/galleg/livres/jour_vie.htm )

 

Extraits des Poèmes de Bobby Sands écrits en prison (EN): http://cain.ulst.ac.uk/events/hstrike/sands/sands81.htm

12:47 11/10/2005 | Lien permanent |  Facebook

Les commentaires sont fermés.