21
sep

"Le Ticket" de Manuel Pratt à l'atelier210

Manuel Pratt dans « le ticket » à l’atelier210, nouveau théâtre de Bruxelles.

 

Rencontre humaine entre une scène et une réalité crûe il y a 3 ans entre Manuel Pratt et la spectatrice passablement passive que j’étais (et suis encore souvent). « Un pied de biche dans le cœur », voilà ce que la pièce, écrite à partir d’une correspondance entre un condamné à mort coincé, pourrissant dans un couloir pendant des années, et Manuel Pratt, pourrait avoir représenté pour moi. Une véritable révélation d’écriture et de choix de sujet, de vie par conséquent.

 

Hier soir, Manuel Pratt, personnage multi facettes, est revenu à Bruxelles (du 15/9 au 1/10) et c’est une histoire qui, cette fois encore, n’est pas qu’une histoire. Le public siège sur une potence, ses pieds posés sur le marbre d’un tribunal, les mains jointes, ici, doivent accuser, décider, pointer, dénoncer, et non applaudir. Les deux protagonistes, victimes et bourreaux d’eux-mêmes tentent de nous responsabiliser, tout en accusant, par voie indirecte (scène/public), tout ce que notre/l’humanité peut se reprocher dans la société occidentale contemporaine. Les leçons et la morale sont les filles de la bonne conscience que le thème appliqué de la pièce veut nous racheter. Mais il manque le recul par rapport au texte (écrit et interprété par MP) et le contraste entre deux pires, les deux électrons qui gigotent au creux de la pièce parfois trop réelle, peut-être la pratique du monologue par MP qui a finalement déteint sur son écriture. Le choix entre les « choisis/à choisir » n’est pas assez obscur, dérivé, pervers (oui, j’avoue… j’aurais voulu souffrir un peu plus)… j’aurais voulu avoir le choix difficile, pas évident. Remarquez, j’ai décidé de ne pas choisir, de ne pas lever ma main, peut-être que ce sera mon seul acte courageux de la semaine. Enfin, les teintes cyniques (parfois un peu trop évidentes, parce que communes au plus grand nombre ?) sont trop proches de Manuel Pratt, parce que le comédien est tout à la fois, auteur, acteur, spectateur, juge, victime, bourreau.

Mais la technique de la mise en scène (par le vénéré (des Lolitas) Eric de Staercke) du public (malgré lui) fonctionne quand même, on craint un peu d’être pris à parti dans un sujet politico sociologique… « Et si je devais prouver que je ne suis pas un salaud » ou « et si demain, je prenais mes responsabilités d’humain » ou « mais, tout va bien dans ma vie », certaines de ces impressions nous traversent…

 

Donc un sujet pertinent, un auteur talentueux (même si je le connais peu), une mise en scène minimaliste donc radicale, et une Happy End… les ingrédients sont là, juste un peu mal mélangés.

Si « le couloir de la mort » circule dans vos régions, achetez un ticket (le bon !).

15:02 21/09/2005 | Lien permanent |  Facebook

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