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Actualité] Interview de Milady™-7094 Posté par Coppi-B-ETC-46809 en ETC

Milady™-7094 sur Parano, c’est un masque mortuaire plaqué sur une fiche taillée au scalpel. Des répliques souvent cinglantes et la création d’un secteur littéraire, le bien nommé ETC. Dans la Vie, c’est Emmeline … Une dame à connaître. Une stakhanoviste de la vie qui n’hésite pas à troquer la plume contre un pistolet à air comprimé. Une gourgandine au cœur sur la main, une organisatrice de bonnes rencontres qui passe plus de temps à penser aux autres qu’à elle-même… Bref, Milady Renoir est un monstre d’humanité et un auteur à découvrir assurément.

Milady : Je ne suis pas (h)AUteurE, je suis bloggeuse...

Coppi : Quelle est la différence ?

M : Tu cherches le foin? … Juste un terme qu'on (on est un con qui s’occupe de la Cul-ture à la Communauté Française de Belgique) m'a sorti quand j'ai voulu faire sponsoriser mes ateliers d’écritures par la Communauté Française… Je ne suis pas éditée donc pas auteur(e)...

C : Trop simple. Ne me dis pas que tu croies à ce genre de raccourci ? Un auteur est une personne qui crée... avec ou sans l'aide de la Communauté française. Et de créations, ton blog (http://miladyrenoir.skynetblogs.be ) en est rempli...

M : J'ai dit que je cautionnais ça? Je me sens artiste. Auteur, je m'en tape un peu, même si je suis comblée quand on (un autre on) me flatte en me sifflant « hé, auteur ! ». Le raccourci ne vient pas de moi, je l'utilise à mauvais escient...

C : Encore une pirouette? Sur ton blog, ton écriture est assez noire, souvent dure et revendicatrice? Tu es en rogne contre qui?

M : Je suis en rogne contre diverses personnes, moi, la première, comme d'hab'. Puis quelques hommes marquant au fer rouge, quelques femmes aux bras trop serrés, d’autres aux langues trop acérées et à quelques Etats, sociétés, vies mal famées... Mais j'ai un double avantage, Milady Renoir est un personnage et Ba*** (héroïne d’un blog à destination de 20 lecteurs privés, mes amis uniquement) est une sortie de secours que j’utilise pour les choses très intérieures. J'écris ailleurs que sur un PC pour ce qui concerne mon p’tit moi, mon homme et le futur, même si tout est lié. Je ne suis sombre que pour l’éventaire (Black Dress Code only)... Je suis une resquilleuse d’apparat.
Donc, l'interview, tu vas me la faire en courts métrages?

C : Tu aimes mieux que je te demande pourquoi l'écriture ou pourquoi Milady Renoir? Ce qui m'intéresse plutôt, c'est pourquoi tu utilises une écriture différente selon l'endroit où ton texte est publié? J'aime tes textes écrits sans carapace.

M : Non, tout va bien, je ne suis juste pas habituée à ces questions en vrai, je (te) jure! J'ai écrit un jour une dénonciation de Milady Renoir sur « son » blog, une délation contre le personnage qui a pris trop d'ampleur, parce que moi, Emmeline, je l'utilise pour me calfeutrer, me dissimuler et pour en montrer plus que ce qui me fait aussi, parfois. Mais Milady me dépasse encore aujourd’hui, me protège souvent et me sonde maladroitement. Alors Ba*** est née, d'un plaisir de l'anonymat, qui s'est estompé depuis, avec l'envie de montrer ce que je peux être sans Milady. Je suis cachottière ET exhibitionniste. Avec les doutes et cette angoisse du regard inquisiteur de l'Autre, j'ai choisi une autre carapace, mais les écailles sont de plus en plus fines, translucides. La bonne chose avec Ba***, c'est qu'il n'y a que du Moi ressenti, exposé en appogiatures poétiques, mais du Moi purifié, écrémé, concentré, sucré... Ba*** inspire la biographie romancée que j'ai débuté - comme chaque petit écrivain non Penseur qui se lance dans la mare aux connards – il y a six mois, et le contraire. La démarche est commerciale (je suis (aussi) vénale) mais surtout évidente, j'assume un peu et avoue (presque tout).

C : Pour toi qui animes hebdomadairement un atelier d'écriture, c'est quoi exactement l'écriture? La création d'univers, un besoin de partager, une respiration vitale, ...

M : Selon l'esprit dans lequel on (se) plonge pour sortir quelque chose de soi, on va aléatoirement expier, conjurer, pleurer, rire, sentir, sortir, partir, s'exiler, s’exhiber... Les personnages de l'atelier d'écritureS ne sont pas une entité représentative, je n'aime pas prétendre de comprendre ce qu'ils font là, semaine après semaine, MAIS mon expérience énonce deux ou trois choses.
Comme pour chaque passage d'adolescence, quelque soit l'âge, on crie, on expulse. Certains dans la création, d'autres dans la destruction mais l’écriture s’impose comme un rite initiatique qui lui-même s’impose à Soi. Le but est alors d'esquiver tous les acquis ; les « jeunes » écrivains vomissent plus souvent qu'ils n'agissent ou pervertissent.
Puis vient la curiosité de se confronter aux autres ; de la recherche de l'estime au désir compulsif de reconnaissance. On écrit pour soi, MAIS face aux autres. On jauge son "talent", on juge aussi pas mal ceux que les autres (dés)activent, animent en soi et on Se considère, on évoque Son écriture, plutôt que son mal (ou bien-) être.
Après la confrontation, peuvent naître les véritables marques d'écritures, la tablette qui équivaudrait à la palette du peintre, incluant le choix des couleurs, des matières, des structures et aussi la taille du pinceau (= le message ?). Puis le style, évidemment, cet indéfinissable choix des mots, des images, des sons, des sens. Nombreux ‘écriveurs’ ne parcourent pas ce chemin évolutif, à part peut-être quelques génies de la création d'univers (ici, je reprends ton terme susmentionné très approprié), trop rares sont ceux qui innovent, choquent (le bon choc), traduisent réellement leur Moi/Soi. Je ne crois pas à l’écriture sans le départ SOI, JE.

C : L’écrivain ne peut donc être que narcissique ?

M : Dans cette approche du Soi qui va d'un point ‘A’ bien connu, même si contingent et parfois invisible aux yeux de l'écriveur, c'est le point ‘B’, l'arrivée qui pose problème. De la vénalité commerciale en passant par la représentation narcissique ou, plus humblement, au partage des expériences, je crois que ceux qui n'ont pas de but demeurent les plus attendrissants, les plus nobles... Mais les intentions ne sont pas le but ; si un écrivain enfermé dans une geôle ou dans un HP écrit à ceux de l'extérieur pour dénoncer (et évidemment à lui-même pour survivre), je crois que son écriture et ses intentions sont nobles même si le but est de dénoncer une systématique. Pourtant l'auteur écrit d'abord pour lui, pas pour un éditeur, ni pour un public, sous couvert d'une mode ou d'une commande liée à cette mode. Il s’adresse aux autres Soi, les Je qui lui ressemblent ou qui lui sont opposés, mais qui ont une intention commune (même contraire, puisque l’opposition est une juxtaposition comme une autre).

Pour revenir à ma démarche, si c'en est une, mon besoin de me montrer est encore aujourd’hui très présent ; me montrer face à moi même, découvrir les reflets que les autres ternissent ou illuminent. Le besoin de partage se confirme plus dans mes exercices d'animation d'atelier, où je donne un coup de coeur contre une expérience de vie, qu’elle soit fantasmée ou réelle.

Quant à la respiration vitale, j'espère qu'elle est primale à tout écriveur/écrivain (pas édité/ reconnu (;D) qui s’autoproclame ou se dénonce tel quel. L’inspiration que je place dans mes textes et le souffle que j'introduis dans mes lignes se doivent d'être utiles à ma survie et radicalement nécessaires, essentielles à mon impulsion d’écriture.

C : Même si la recette de l'écriture n'existe pas, as-tu des règles auxquelles tu essaies de ne pas déroger?

M : « Le choix des mots et le choc des photos (/images) » pourrait être un fallacieux terme commercial qui définirait au mieux la façon dont je me confronte à l'écriture.
Mes deux préoccupations sont, d’abord la transe de l'instant, le bon moment pour écrire, c'est une règle de pré-écriture que je respecte, je suis bien trop déçue quand je déborde de mon envie, quand je dérive de mon idée, par paresse ou manque d'inspiration. Les parasites affectifs, les états d’âme, la solitude, l’amour et les colères sont de très bons moteurs, au même titre que les vecteurs externes, e.g. musique, public lambda, panorama champêtre ou horizon citadin…
La seconde certitude face au Blanc de la page est le choix des mots. Je ne suis pas à la chasse de l'icône sublimant ou de la paillette éblouissante - même s’ils sont tous deux des outils de parade très appropriés pour l’élévation de l’ego- , mais à l’affût du mot juste. Celui qui transcrira exactement ce que j'écris au moment de poser le stylo sur la feuille (ou le doigt sur le clavier, ne soyons pas sectaire et puriste) est le bon mot, et non pas celui qui a la prétention de tout décrire à ma place. Le mot creux, le mot à double sens, le mot joué, le cliché sont employés, dans l’idéal et les possibles, à conscient escient. Radicalement, je soigne mes images, je creuse les sources, je travaille mon décor, je mets en scène, je tente de ne pas m’habituer à ce que j’écris pour me surprendre.
Le reste est une simple habitude d’écritureS : évincer les répétitions involontaires, dresser les anacoluthes, capituler devant certaines évidences grammaticales, d’autres exigences syntaxiques, même si mes modèles de lecture (cf. Chloé Delaume, Richard Morgiève, Edith Soonckindt…) sont des assassins de principes. Ensuite, il ne reste plus que la conscience de ce que l’on veut exprimer ; cette conscience esseulée, nue devant ses mains vides.

C : Un dernier mot sur la biographie romancée (esquissée sur le blog Ba*** ) évoquée ci-devant …

M : La biographie romancée est une pathologie sévère, proche du syndrome de Gilles de la Tourette, sauf que l'autoviolence n'est dirigée pratiquement que contre ceux qui doivent payer, les Autres, ceux que l'on reconnaît sous les noms d'oiseaux de mauvais augure, ceux qui vous ont fait croire trop longtemps que vous étiez une daube sans gratin. C'est un crachat de Je multiples, de gouttelettes de venin, de sanies de seins. C'est aussi une mode (soyons clairs), un principe facile à chanter (soyons francs), un complexe détourné (soyons pratiques), un Ego à diviser pour mieux régner (soyons parcimonieux). Mais c'est un début et, là-dessus, je m'arrête pour ne plus paraître sournoise ou "esquiveuse", c'est un début, c’est mon début de tunnel, une virgule c'est tout.

[Répliquer] (aaaaah vous n'êtes pas PARANOïaque? tant pis!!!)

 

Art by Nicolas Dumontheuil : l’artiste BD que je préfère)

10:09 12/08/2005 | Lien permanent |  Facebook

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