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jui

Adbusters.org

"Dans la majorité de l'espace industrialisé, donner la vie, enfanter est vu comme un acte d'urgence médicale, atroce, traumatisant et dangereux. Les obstétriciens se ruent auprès de la mère et l'enfant pour la sauver, "délivrer" l'enfant et le tendre à la mère épuisée et reconnaissante. Les pratiques traditionnelles comme la naissance à la maison, l'obstétrique et la naissance non médicamentée sont stigmatisés et définitivement éliminés. Le processus de naissance a également été stigmatisé par la cupidité, crainte des poursuites judiciaires, l'alarmisme médiatique, et notre culture de la mentaité "fais ce que le docteur dit".. Nous avons transformé la naissance en une procédure médicale dangereuse qui doit être crainte, dirigée plutôt qu'en un événement naturel, paisible et privé."
 
Lori Witt
 
première page (traduite aléatoirement par moi) du magazine Adbusters, consacré cet été à "The Game of Life":
 
"The Game of Life is all about giving students the tools they need to jump over the great divide between passive consumption and the empowered production of meaning. It discusses ways in which we can change how information flows, how we interact with the mass media, and how media and culture are created in our society. The goal is to show students that anyone can seize the media reins and begin producing their own media and their own real meaning."
 
Magazine rarement disponible en France et en Belgique, mais cherchez... et trouvez à la librairie Filigranes à Bruxelles.

11:20 31/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

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jui

En route pour de nouvelles aventures

après 10 mois de boyaux services, Le blog Milady Renoir, corrigé par les oeuvres d'un Général, repart pour une nouvelle arrivée... patientez encore!!


15:40 28/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

Cris tiques 2/2: expos

Mes notes de cultures de Culture des 4 dernières semaines 
(cliquez là où ça rougit)

Expos :

 

Dans le cadre Corpus 05 à Bruges :

 

“Entre Epiderme & Orgasme”: une jolie imposture décharnée de tout esprit didactique. Suite à une requête d’explication à l’un des piquets de surveillance de l’expo, nous n’avons obtenu qu’une liste d’artistes et une gueule de zombie pour réponses… Des faux sont exposés (une fausse Origine du Monde de Courbet, faut le faire) sans explication, les liens entre les œuvres sont faussés, dérivés voire incompréhensibles. Seule note positive à cette exposition hermétique, une expérience que je vous invite à vivre sur le petit écran dans l’attente de le voir sur écran géant: « Umgekehrte Rüstung» de Yves Netzhammer , des corps Lambda sont à la fois transpercés par l’instinct sexuel, des objets de désir primaires, des épines amoureuses ou des bactéries virtuellement cyniques… 20 minutes de transe en rouge et vie : 4/10

 

“Soul”: cette (large) expo est sensée célébrer de nombreuses formes d’art inspiré par la spiritualité, la religion, donc la transcendance. Seulement, les perspectives sont encore ici hermétiques, confinées à un discours intellectualisant. Peu d’œuvres m’ont transcendée. Par ailleurs, le parcours à travers déambulatoires, caves, jardins et église est très appréciable. Un hic au tableau, l’œuvre ‘Fall of the Angels’ de Gottfried Helnwein (clou du spectacle pour mon homme) n’est pas une toile mais un rideau quadrillé de froissures, l’impression est diminuée… Et encore une fois, sans livret à 20€, il faut chercher l’explication, le remède contre la ‘non-connaissance’, même les matières utilisées par les artistes ne sont plus mentionnées. A quand une œuvre sans nom, sans créateur, sans message, posée au milieu d’un champ de blés qui ravira toute l’élite pensée… ? 7/10

 

« Boost in the Shell »: site à visiter absolument… expo très bien agencée dans un labyrinthe presque organique, dressée dans un hangar près des canaux. Le choix révèle des aspects du corps et de l’âme humaine décelés à travers des filtres ironiques, pervers et manichéens, mais surtout radicalement frondeurs. Le curateur de l’exposition s’est sans doute amusé à obtenir un riche panorama de toutes les têtes pensantes actuelles, mais ça ne respire pas (trop) la Foire d’Art Contemporain. Le livret est ENFIN pertinent englobant TOUTES les œuvres présentées (ce qui n’arrive curieusement qu’une fois sur dix.). Et en plus, c’est gratuit : 9/10

 

« Isaac »
Portrait d’un chirurgien, gynécologue et amateur d’art brugeois du XIXe siècle. L’exposition (succincte) évoque la vie du chirurgien, gynécologue et amateur d’art brugeois du XIXe siècle Isaac De Meyer et s’intéresse de plus près à l’obstétrique et la perception de la grossesse dans le contexte socio-historique de son époque. Une vision très médicale, une salle remplie de dessins qui nous éloigne d’une réalité bien trop oppressante, amateurs de forceps et autres instruments de torture, ameutez vous ! L’ironie du sort, à la sortie de cette expo, une affiche géante « Bruges Accouche... », une expo photo sur la grossesse et la naissance, ils sont drôles ces gens là… 5/10

« de Ensor à Bosch » : Je suis tout à fait d’accord avec Françoise Bernardi, c’est une expo au titre prometteur, qui n’expose pourtant que deux œuvres de Bosch et trois d’Ensor. Ça sent la fierté de propriété, l’orgueil de patrimoine culturel. Oui, évidemment, l’évolution des modes, du regard sur l’art, de l’introspection sur l’humain est visible, les thèmes historicistes (nouveau mot pour moi) sont palpables, mais je voulais ingurgiter du Bosch et du Ensor à ne plus pouvoir respirer… et ce ne sont pas les portraits des nobles du XIXème qui vont m’alimenter, ni nourrir personne d’autres d’ailleurs, même à l’époque… : 5/10

 

Collection Permanente du Musée d’Art Moderne d’Ostende : un mélange hétérogène d’arts abstraits, posés dans un coin ou sur un mur, là, pas trop de révolution. Quelques petites trouvailles, quelques visions futuristes des années 50-60 à observer avec compassion, trois petits tours et puis s’en va: 5/10

 

Collection Permanente du MUHKA, Anvers : ce qui est bien avec Internet, c’est quand le Site du musée est mieux fait que l’expo. Bon, d’accord, il y avait des travaux le jour où nous y sommes allés et tout n’était pas prêt, mais la collection permanente, visible et invisible à la fois ne nous a pas donné l’envie de revenir une fois tout installé. La découverte cependant du photographe Rong Rong et quelques sourires épars au détour des couloirs virginaux (MAIS ils possèdent des vidéos de Robert Filiou, le génie sans talent et ça, ça donne déjà deux points de plus…) : 6/10

 

"On sème au Botanique", Bruxelles: Le principe est novateur, le concept idéal (des vieux riches qui soutiennent des jeunes pauvres) mais malgré les dialogues inattendus entre deux « générations » d’artistes (génération signifie ici : piston, pas âge, ni talent), je n’ai pas respiré le bon air des bonnes herbes, senti le doux pissenlit chatouiller mes paupières, gravir les superbes mottes de terreau sublimé… rien de tout cela… évidemment, les baisers d’anus de Wim Delvoye m’ont encore fait rire : 4/10

 

to be continued…

 

2/2

 

(photo de la vidéo de www.valentinaloi.com & son Bikini Car Wash, "exposé" à Boost in the Shell)



09:26 28/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

Cris tiques 1/2: cinémas

Mes notes de cultures de Culture des 4 dernières semaines 
(cliquez là où ça rougit)

 

Ciné :

 

« Last Days » de Gus Van Sant : j’ai une fâcheuse tendance au fanatisme de groupie et Gus Van Sant est tout de même responsable de nombreuses de mes évasions cérébrales dans ma jeune vie. Ici, dans la famille Pitt, je dis merci Michael pour sa performance de Christ contemporain scarifié sur la croix du commerce humain. L’instabilité des derniers jours d’un enfer sur Terre vue à travers d’un artiste qui vit entre deux mondes, le cul sur un idéal. Ce film m’a bouleversée pour ce qu’il contient d’oppositions entre deux réalités, deux fantasmes… et la notion d’immobilisme au bord du gouffre, comme dans chaque film de GVS est extraordinairement bien relatée : 9/10

 

War of the Worlds de Steven Spielberg: j’ai eu vraiment peur, esthétiquement impressionnant, à la limite de l’épouvante (je suis bon public), imbibé de suspens américain… évidemment, avec tous ce matos de trouille, la dimension visionnaire, politique et universelle de H.G. Wells est bafouée, sa théorie du pré-big bang absolument niée ou évoquée dans le générique, comme si l’émission possible d’idées anti-totalitaires ne pouvait être distribuée… (Question : les américains font-ils des films pour les américains ou ont-ils une volonté de toucher plus loin que leurs fortifications ?) : 6/10

 

« Chocolate Factory » de Tim Burton : c’est encore (après Big Fish et autres décalcomanies cinématographiques), un merveilleux moment qui glisse entre ironie d’adulte joueur et innocence d’enfant trop grandi, les moments dans le monde de Tim Burton sont magiques, fantasmagoriques et drôles. Les références à Kubrick et à Spielberg, à Sheila et B.Devotion ou à Bollywood, des The Monkeys à Peter Pan (ou Michael Jackson) sont les bienvenues. Un délice à déguster sans retenue : 8/10

 

« Star Wars » de l’autre gros con : une daube finie, une démarche commerciale vile, une trahison à la légende primaire de Star Wars, une pub pour de la lingerie féminine pastel, une ode au militarisme, une daube, une daube bourrée d’effets spéciaux sans retour scénaristique… seul intérêt : la dernière scène gore… Qu’il ne nous sorte pas la prochaine trilogie de l’après… 1/10 (par respect pour les millions de $ dépensés, équivalents à la dette « extérieure » du Rwanda.) à revoir : THX 1138, premier et unique film de Lucas qui vaille le détour.

 

« Bin Jip » de Kim Ki-Duk: film surnommé par mon Homme: Objet Filmé Non Identifié.

Après 40 minutes insupportables d’ambiances de série B coréenne, genre Sankukaï filmé à Miami, une césure libère le spectateur ennuyé et l’emmène dans la poésie, le lyrisme et autres valeurs esthétiques. J’y ai vu une parabole vers la frontière Corée du Nord et Corée du Sud, puisque les deux « parties » du film sont opposées dans ce qu’elles montrent : (en résumé et en gros) richesse/pauvreté, liberté/enfermement, capitalisme/communisme totalitaire, légèreté/lourdeur… je vais donc noter 2/10 pour la première moitié et 8/10 pour la seconde…

 

1/2

09:21 28/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

27
jui

Oripeaux

peaux de Milady teintées et esquissées en atelier de plates coutures...
saisissez vos souvenirs
revenez demain
ou après
 
paroles, paroles, paroles...

19:18 27/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

"Homme tirant sur ses liens" de Paul Rebeyrolle

Trois lectures de “Homme tirant sur ses liens” de Paul Rebeyrolle

 

C’est une peinture composée de superpositions de substances colorées. Des cordes sont cloutées dans le mur et attachent une dépouille humaine. Les matières peintes sont collées entre elles, apposées et déchirées. Les formes humaines sont confuses, les membres épars. On devine que c’est un homme. Ses deux bras sont liés par les poings avec des cordes attachées à ces deux pointes, et ils sont tenus plus haut que son corps. On a du mal à distinguer les courbes, le visage est caché par les bras, à peine esquissé. Plusieurs couches de matières sont appliquées sans méthode académique évidente.

 

Ma vie ne tient qu’à deux clous. Mes peaux collées entre elles s’enfoncent dans la chaux bleue du mur qui ne soutient que mon étisie. Les genoux appellent les coudes. Les articulations nouées craquellent, se rident et jonglent avec mes os éparpillés au sein de mon sort.

Je me retiens de sombrer malgré moi, mon instinct dans les talons. Mes supports plantaires sont couverts de vergetures sèches et creuses. J’enfonce mes phalanges dans mes paumes pour réveiller les veines. Seule la souillure de mes yeux exsude. Le thorax ouvert aux suées, j’observe ardûment ces deux pointes métalliques qui défient la gravité de ma situation. Les cordes effilochées grignotent mon visage, liant les muscles au raphia gris, tels des sangsues gourmandes.

Je tire mon poids contre mes gencives, lesquelles grincent en transe maladive. J’aimerais entendre le bruit de mes canines évidées contre la croûte d’un pain blanc, je voudrais que le rire d’une femme brune rompe le silence blanc, qu’un corbeau orgueilleux scinde la journée sans nuit, je prie le dieu qui m’habite de me pousser dans le fleuve.

Mais la vie s’ennuie, elle s’allonge, elle durcit entre mes gencives apprivoisées. Mon sexe dérisoire coule lentement le long de mes muscles glacés. Mon envie s’épuise, et ce calme qui n’est pas assez rigide.

Le sommeil ne répare que mes cauchemars, il les enchaîne autour de mon cou, alourdissant ma nuque et mon incarnation.

J’attends le soupir délivreur, le hoquet qui sortira ses deux aiguilles du mur, qui m’extirpera de cet espace serré, qui sciera les clous que j’ai dans le cœur.

 

Les hommes l’ont amené ici. Ils ont rompu ses jointures à coup d’angoisse et de traîtrise, à bout de haine et de bestialité. Ils lui ont mis des bâtons dans les trous, des silex enflammés dans les pores, des doigts trop gros entre ses dents grisâtres.

 

Ils l’ont amené ici pour mieux revenir, pour qu’il soit disponible, ils reviennent toujours jusqu’au dernier temps de tout le temps.

Ils accablent son corps, lui demandent d’accepter qu’ils font ça pour son bien, que sans eux, il serait déchiré par les siens, que sa survie ici est plus chère, plus riche qu’une certaine mort dehors. Ils ricanent, de fait, se sentent forts, virils et vils.

Ils lui demandent son nom pour lui tatouer à coups de fer rouge, lui demandent son page pour additionner les chocs, lui demandent le temps qu’il fait pour lui rappeler le temps qui ne passe pas.

Au bord de lui-même, il crache sangs et viscères, fixant inlassablement les deux rivets roux qui le scellent au plâtre décharné. Il cheville son regard sur l’homme qui subsiste au fond de lui, s’interrogeant sur ce qu’il aurait fait à leur place.

09:08 27/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

26
jui

Soirée le 20/08 - Goth thing

(bonne?) soirée annoncée en avance... croisez le fer sur vos agendas, en rouge et noir...
 
les p'tits goths sont nos amis, il faut les aimer aussi...

09:04 26/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

25
jui

Futile Milady

Evocation de la futilité ou ode à la fugacité.

 

Maniériste, je suis. Je sais. J’ai cousu sur mes pauvres chairs gonflées aux oedèmes obèses la panoplie du parfait consommateur intelligent, celui qui croit choisir ses achats, mais qui achète à tout va selon le choix d’un autre dont le choix paraît être un bon choix.

Loin de la véritable chair, du sang, du bois, du fer, je suis en réalité, bien éloignée.

En conversations, je tourne mes cheveux noirs autour de mes ongles vernis et je vise… Je sors la phrase pertinente, la référence adéquate, j’analyse l’assemblée, je calcule la situation, je visualise l’instant, je crache la salve rouge, je suis une prédatrice acerbe aux griffes contemporaines. Le cœur entier est à côté. Mon corps est un tremplin (tropplein) avide, déguisé en pied-à-terre rassurant.

Certains le savent.

 

Le cerveau pointé est ma note. Je vise la cible, manque parfois mais ne me tais point (.). Je nécessite autrui pour aviser ce que je peux bien être.

J’aime la séduction visuelle, l’imagerie sensationnelle, je collectionne les icônes, j’avale des emblèmes, je bouffe du terreau socioculturel au petit déJEUner, je m’habille de matériaux délavés, d’idées reçues surexploitées, j’use de clichés pour m’identifier. Je suis une poupée de sons.

Le but ?

La membrane à éclater, le neu(neu)rone à encercler, le souvenir à pétrir, la frustration à effacer, le bon cercle à perpétuer, le vécu à agrandir, le semblant à fausser.

Quand l’effet PLACEbo ne garantit pas l’affection, je divague, j’attaque, je raille pour faire poing d’exclamation, signe d’interrogation… la parade de la bonne parole me permet de m’enclaniser, d’appartenir au cadre, de rentrer dans la boucle dorée. Laisse moi sortir !

 

Ne pas laisser la trace de son existence au sein d’un club privé est la plus honorable des quêtes mais la lutte semble vaine à l’approche de mon lendemain. Paraît qu’on se divise quinze minutes de gloire entre six milliards d’individus.

 

L’improvisation est un leurre, un hasard hasardeux, une utopie inapprivoisable. Je ne sais pas inventer. Je ne crée rien. J’ai un moulin à vents dans le crâne.

Certains le savent.

 

L’auto-promotion est la photo universelle de notre petit faciès gras face au gros anus béant du monde « moderne ». Regardez moi, regardez moi avant que je m’efface de vos clichés.

J’accuse qui je veux, surtout moi.

L’art transperce mon fantasme de désir d’éternité, égoïste et infect, je ne serai jamais rien d’autre de plus que ce que les autres n’ont pu être, je me fais à l’idée, vaguement, amèrement.

Certains le savent.

 

Nos idées vaporeuses ne sont que la synchronisation de nos activités cérébrales, primaires. Je suis un néon pour mon prochain, empli de gaz euphorisant, à la lumière vacillante, aléatoire, perturbante, éphémère.

Il ne reste que le doute qui soit beau, et il me manque quand j’additionne

(ego + orgueil + angoisse) = creux/vide. Somme toute, je suis une probabilité, un jeu de dés pipés.

Non, je ne réfléchis pas, je passe mon temps à contempler l’effort que je fais pour arriver à la réflexion.

Je fatigue les équivalences, j’use les trompe-l’œil, j’abuse d’un Je dictateur, je suis aliénante d’un moi paresseux… et puis après tout ça, je m’en fous puisqu’il paraît qu’on meurt toujours tout seul…

Certains le savent.

 

© Moi


14:37 25/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

23
jui

Geïsha

Notre période Japon
Moi par Lui
kawaï...

http://mozhorus-painthouse.blogspot.com/




13:32 23/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

22
jui

Mother and Child revisité par Piclune

parce que mon "Mother and Child" (posté 18/7) respirait mal, Piclune a ouvert des vannes et y a mis de l'air de Provence... (merci ma Mouna)
 

Mother and child 2 – (Image/mode/inverser)

(clic) Dominique Segalen, alias Piclune

En symétrie du texte de Milady Renoir

 

La mère puise dans ses ovaires la puissante force de création des grands espaces intérieurs : celle qui fait scintiller les reflets lorsque les cellules se divisent dans l’intimité d’une matrice portée haut et clair.

La mère frémit, et ses pétales de simple marguerite sont aussi doux que ceux d’une orchidée.

Elle frissonne d’un bonheur si pur, à porter sa fille lovée toute proche, que les gens autour regardent le ciel en se disant qu’il annonce l’été.

Ses paumes lissent l’œuf tout neuf et tendre du ventre. Elle caresse et chante, invente, apaise. Elle respecte et attend. Simplement.

Le nid est prêt.

La mère entame le travail qu’elle ne nomme pas délivrance, au fond duquel le petit corps chaud de sa fille glisse sereinement vers un monde nouveau.

La mère sait chevaucher les maelströms qui déferlent entre ses cuisses et garder contrôle. Son corps à elle, libéré des anneaux strangulatoires de la peur, guide tel un vaisseau majestueux son enfant sur l’autre rive.

Car dans son esprit, la mère porte, nourrit, joue le rôle du passeur sur les flots mouvementés du Styx, les yeux confiants et le cœur pur.

La mère dit à voix haute : je suis la mère, tu es un Être à part entière et tu ne m’appartiens pas. Nous marcherons de concert ou séparément mais le cordon ne t’entravera pas. Je suis la mère, je suis le phare planté longitude mais tu as toute latitude.

La fille apparaît, ouvre paupières, déplie alvéoles, pousse un seul cri réflexe pour dire qu’elle existe, puis goûte le sein bouche muqueuse tiède amour.

Son visage sans pli est détendu. Nulle souffrance.

La fille est déjà femme en devenir, future matrice, cadeau reçu avec gravité et reconnaissance.

Responsabilité, aussi.

Dans les mains de la mère passent le fluide et la sève des arbres de vie dont elle imprègne la peau de sa fille avec les gestes d’une tendresse infinie.

La fille déplie ses doigts délicats, presque transparents, elle s’endort en paix.

Nul ne sait quel fardeau lui réservera le grand Tarot de la destinée, mais le terreau dans lequel elle pousse n’a pas besoin d’engrais car chacune de ses cellules engrange l’amour de sa mère et les monstres minables n’ont qu’à bien se tenir, dehors.

Tout cela était le dialogue muet entre mère et fille.

Grâce à sa confiance, la mère en fera une femme libre, belle, debout.

Puis elle reculera d’un pas pour lui laisser la lumière.

 

(Art by Margi Geerlinks)


11:23 22/07/2005 | Lien permanent |  Facebook