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jui

Futile Milady

Evocation de la futilité ou ode à la fugacité.

 

Maniériste, je suis. Je sais. J’ai cousu sur mes pauvres chairs gonflées aux oedèmes obèses la panoplie du parfait consommateur intelligent, celui qui croit choisir ses achats, mais qui achète à tout va selon le choix d’un autre dont le choix paraît être un bon choix.

Loin de la véritable chair, du sang, du bois, du fer, je suis en réalité, bien éloignée.

En conversations, je tourne mes cheveux noirs autour de mes ongles vernis et je vise… Je sors la phrase pertinente, la référence adéquate, j’analyse l’assemblée, je calcule la situation, je visualise l’instant, je crache la salve rouge, je suis une prédatrice acerbe aux griffes contemporaines. Le cœur entier est à côté. Mon corps est un tremplin (tropplein) avide, déguisé en pied-à-terre rassurant.

Certains le savent.

 

Le cerveau pointé est ma note. Je vise la cible, manque parfois mais ne me tais point (.). Je nécessite autrui pour aviser ce que je peux bien être.

J’aime la séduction visuelle, l’imagerie sensationnelle, je collectionne les icônes, j’avale des emblèmes, je bouffe du terreau socioculturel au petit déJEUner, je m’habille de matériaux délavés, d’idées reçues surexploitées, j’use de clichés pour m’identifier. Je suis une poupée de sons.

Le but ?

La membrane à éclater, le neu(neu)rone à encercler, le souvenir à pétrir, la frustration à effacer, le bon cercle à perpétuer, le vécu à agrandir, le semblant à fausser.

Quand l’effet PLACEbo ne garantit pas l’affection, je divague, j’attaque, je raille pour faire poing d’exclamation, signe d’interrogation… la parade de la bonne parole me permet de m’enclaniser, d’appartenir au cadre, de rentrer dans la boucle dorée. Laisse moi sortir !

 

Ne pas laisser la trace de son existence au sein d’un club privé est la plus honorable des quêtes mais la lutte semble vaine à l’approche de mon lendemain. Paraît qu’on se divise quinze minutes de gloire entre six milliards d’individus.

 

L’improvisation est un leurre, un hasard hasardeux, une utopie inapprivoisable. Je ne sais pas inventer. Je ne crée rien. J’ai un moulin à vents dans le crâne.

Certains le savent.

 

L’auto-promotion est la photo universelle de notre petit faciès gras face au gros anus béant du monde « moderne ». Regardez moi, regardez moi avant que je m’efface de vos clichés.

J’accuse qui je veux, surtout moi.

L’art transperce mon fantasme de désir d’éternité, égoïste et infect, je ne serai jamais rien d’autre de plus que ce que les autres n’ont pu être, je me fais à l’idée, vaguement, amèrement.

Certains le savent.

 

Nos idées vaporeuses ne sont que la synchronisation de nos activités cérébrales, primaires. Je suis un néon pour mon prochain, empli de gaz euphorisant, à la lumière vacillante, aléatoire, perturbante, éphémère.

Il ne reste que le doute qui soit beau, et il me manque quand j’additionne

(ego + orgueil + angoisse) = creux/vide. Somme toute, je suis une probabilité, un jeu de dés pipés.

Non, je ne réfléchis pas, je passe mon temps à contempler l’effort que je fais pour arriver à la réflexion.

Je fatigue les équivalences, j’use les trompe-l’œil, j’abuse d’un Je dictateur, je suis aliénante d’un moi paresseux… et puis après tout ça, je m’en fous puisqu’il paraît qu’on meurt toujours tout seul…

Certains le savent.

 

© Moi


14:37 25/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

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