22
jui

Mother and Child revisité par Piclune

parce que mon "Mother and Child" (posté 18/7) respirait mal, Piclune a ouvert des vannes et y a mis de l'air de Provence... (merci ma Mouna)
 

Mother and child 2 – (Image/mode/inverser)

(clic) Dominique Segalen, alias Piclune

En symétrie du texte de Milady Renoir

 

La mère puise dans ses ovaires la puissante force de création des grands espaces intérieurs : celle qui fait scintiller les reflets lorsque les cellules se divisent dans l’intimité d’une matrice portée haut et clair.

La mère frémit, et ses pétales de simple marguerite sont aussi doux que ceux d’une orchidée.

Elle frissonne d’un bonheur si pur, à porter sa fille lovée toute proche, que les gens autour regardent le ciel en se disant qu’il annonce l’été.

Ses paumes lissent l’œuf tout neuf et tendre du ventre. Elle caresse et chante, invente, apaise. Elle respecte et attend. Simplement.

Le nid est prêt.

La mère entame le travail qu’elle ne nomme pas délivrance, au fond duquel le petit corps chaud de sa fille glisse sereinement vers un monde nouveau.

La mère sait chevaucher les maelströms qui déferlent entre ses cuisses et garder contrôle. Son corps à elle, libéré des anneaux strangulatoires de la peur, guide tel un vaisseau majestueux son enfant sur l’autre rive.

Car dans son esprit, la mère porte, nourrit, joue le rôle du passeur sur les flots mouvementés du Styx, les yeux confiants et le cœur pur.

La mère dit à voix haute : je suis la mère, tu es un Être à part entière et tu ne m’appartiens pas. Nous marcherons de concert ou séparément mais le cordon ne t’entravera pas. Je suis la mère, je suis le phare planté longitude mais tu as toute latitude.

La fille apparaît, ouvre paupières, déplie alvéoles, pousse un seul cri réflexe pour dire qu’elle existe, puis goûte le sein bouche muqueuse tiède amour.

Son visage sans pli est détendu. Nulle souffrance.

La fille est déjà femme en devenir, future matrice, cadeau reçu avec gravité et reconnaissance.

Responsabilité, aussi.

Dans les mains de la mère passent le fluide et la sève des arbres de vie dont elle imprègne la peau de sa fille avec les gestes d’une tendresse infinie.

La fille déplie ses doigts délicats, presque transparents, elle s’endort en paix.

Nul ne sait quel fardeau lui réservera le grand Tarot de la destinée, mais le terreau dans lequel elle pousse n’a pas besoin d’engrais car chacune de ses cellules engrange l’amour de sa mère et les monstres minables n’ont qu’à bien se tenir, dehors.

Tout cela était le dialogue muet entre mère et fille.

Grâce à sa confiance, la mère en fera une femme libre, belle, debout.

Puis elle reculera d’un pas pour lui laisser la lumière.

 

(Art by Margi Geerlinks)


11:23 22/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

Les commentaires sont fermés.