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jui

à la manière de Richard Morgiève

Après Chloé Delaume qui m’a rendue fébrile du crâne, c’est au tour de Richard Morgiève de me pousser dans les chardons.

 

Ici, trois phrases de la page 100 de son livre « legarçon »

Après, je l’ai suivi…

 

Il se réveille avec le bas du ventre qui fait très. Sa tête cogne sur le sol. Il a des éclairs dans les.

Et puis ça frappe dans le torse. Les poils n’amortissent rien. Sa cage, la thoracique, elle n’est pas dorée. Les os pètent. La pression contre ses temps, ça chevrote contre le front.

Boum. Bang.

Il roule pour faire tourner la douleur, sur le flanc qu’elle peut se crécher. Mais le flanc brûle. Le plancher l’attend déjà. Le coin du lit, le pied de l’armoire glacée, le rebord froid du lavabo, tout est l’ennemi. Les crocodiles dessous le. Tout s’accroche. Le ventricule à la trachée, il crache sec. Il pense qu’il est dans le cauchemar, sûr que la réalité ne va jamais pouvoir tenir le rythme. Il ferme les. C’est pire. Et le pire, c’est pire que tout. Les mains ondulent. Les vers sont là, ils rôdent, gesticulent, hilares qu’ils sont dans son estomac. Les sucs blancs dévalent les muqueuses. Crachat. Le sang tambourine dans ses bras. Toc toc.

Il prend son pied pour l’enfermer dans la chaudière, ça rentre bien, mais il force. Il glisse ses doigts le long de l’ampoule brûlante, il enfonce ses phalanges entre les lattes du parquet ciré. Il a. il a très. C’est chaud le mal, il transpire, les grosses gouttes circulent sur son visage.

Il rigole, c’est drôle, parce que s’il coupe les membres, la douleur ne saura plus où se cacher. Il rigole, plus fort, plus haut que la douleur.

Il rit gras même. Il ne lui pardonnera pas. Elle paiera.

Il s’entoure autour de son propre corps, se met à tourner, tourner sur lui-même. Petits sauts. Petits cercles.

Il tombe, puis il recommence. Encore, contre le mur, sur les draps durs, derrière le carrelage. Il rit de toute sa mauvaise force.

Il est tout plié, recroquevillé, tel un pantin désarticulé, un poulet sans carcasse.

Il regarde par l’œil de bœuf. S’endort. Silence jusqu’au prochain réveil.

 

© Milady Renoir (sauf 3 premières phrases)

 

Un extrait de Mondial Cafard ?

Sa bibliographie.

10:10 19/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

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