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jui

Mother and Child

La mère puise, dans ses ovaires, une corde rouge, elle en sort des nœuds et une force qu’elle compresse contre son index. Elle jauge la distance à écraser. Puis de ses mains busquées, elle montre qu’elle est assise en haut, sur un trône de chairs humides, sur la cime autoritaire. Son regard tranche l’horizon. Elle, vacillante sur son sapin de Noël sans étoiles, balance son corps imposant au dessus des sylves.

La mère dit : je suis ta mère, un point c’est tout.

 

Sur la mousse, la fille frémit. Elle confronte ses paumes l’une en face de l’autre et les colle fermement, pour faire union. Elle s’isole le ventre dans une armoire à glace, repousse ses yeux dans les volets et attend. L’accalmie ou le désert.

Elle ne veut plus être sa fille. Elle bouche ses tympans avec ses poings. Ne plus l’entendre, celle là, là haut. Mais… Les mots échardes dévalent les escaliers à la vitesse de la lymphe chaude dans une seringue violacée. Le poison obscurcit ses ongles.

 

La mère injurie la matrice, le sort, elle a honte de la personnalité fébrile et si révoltée de sa progéniture. Elle veut perturber l’équilibre primaire, elle cingle les doubles rideaux à coups de ciseaux, elle lui lacère son lit avec un scalpel parce qu’elle est la mère, un point c’est tout.

 

La fille se débat, enfermée dans ses nattes, ses cheveux collés dans un liquide amniotique venimeux. Les paupières flétries par l’envie d’aller voir ailleurs, elle geint, se coince le menton dans une charnière et ferme la porte violemment.

 

Les pavés volent à travers les rues mais les sables mouvants aspirent les chevilles fragiles… et les têtes en l’air ne sont pas toujours signes de légèreté.

 

Son corps abandonné dans une bière virginale, la mère, prostrée dans une robe de bal décrépie, danse avec les ombres. Le silence des vieux jouit dans ses joues. La fille a déposé sur l’autel un sabre, son honneur et une part de sa fierté. Elle s’éloigne des pierres et des annales à cloche pied, les bras sous sa nuque, pour que les prochaines chutes ne fassent plus jamais aussi mal.

 

La mère soupire dans la gelée, un œuf dur dans les dents et du gros sel dans les pupilles.

La fille plie son gros corps dans un mouchoir de poche, ses seins lourds prostrés contre son sexe. Elle respire sa première gorgée d’air, puis, elle éternue le sang qui lui bouchait la vue. Quelques gouttes perlent le long de son poignet, elle se lèche l’index, puis le range derrière ses dents et mord dans une pomme.

 

© Milady Renoir

 

(Art by Boris Vallejo)


09:52 18/07/2005 | Lien permanent |  Facebook

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