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jui

Maks Vezgishi

C’était un soir trop chaud pour être euphorique mais vendredi, il y a eu émulation des sens, émulsion des matières, M. et moi avons eu chaud, bon, fort.

 

Dans un atelier bulle, dans ce quartier bruyant, touristique et branchouille, au dessus d’un resto chinois, en dessous d’un plafond trop bas, Maks Vezgishi a exhibé son art, a partagé son histoire avec nous, et nous avons été émus aux armes.

Même l’eau de source et le Pepsi sans frais n’ont pu étancher notre soif. Mon homme et moi, ébahis par des marais reconstitués, des figures décomposées, des sièges et toilettes personnifiés, des créations pures d’architecture appliquée, l’atelier s’est transformé en fosse de théâtre.

 

Au début, les tableaux claquaient contre le parquet, alors, effrayée, j’ai cherché les évidences ; les Basquiat, Bacon, Pollock (toi aussi, sois un « action painter » !), Rebeyrolle, Nitkowski étaient là, à la fenêtre, me donnant des références obsolètes, me bloquant dans le ressenti épuré.

Puis, j’ai cessé de comparer, de rechercher, de faire la maligne frustrée de ne pouvoir peindre elle-même et là, ça a été pire. J’ai crû tomber dans ses verts, ses roses, ses sombres, me jeter dans ses déchirures, ses carrés, me fondre dans ses papiers collants, chuter dans ses chiottes vierges, me cogner à ses barrières, ses horizons, me faire dévorer par ses loups, ses sexes, errer dans ses déserts, ses tunnels, ses trous, ses espaces… (et je jure que je n’use de lyrisme que sous la torture.)

 

L’homme est beau de force, l’artiste est beau de violence.

Sa femme et ses filles tournaient autour de lui, amoureuses et douces, joueuses et belles.

Sortir de l’atelier a été une gageure, le risque de couper les rênes indociles qui m’ont emmenée dans ses mondes. Mon homme et moi avons cherché la lumière toute la nuit.

Maks m’a offert un coffret de livres peint, il était caché derrière un sofa, peint lui aussi, il me l’a offert en disant, « tiens, puisque tu es écrivain, tu as bien mérité ça… »

 

J’ai porté ces 6 kilos de papiers peints, de matière brute, d’intelligence en bloc, d’art originel dans mes bras tout le long de la soirée, du verre au Greenwich au bus derrière la bourse, dans mes escaliers, jusqu’à mon étage, ma porte et mon étagère. J’ai viré les objets, les jouets, les trucs dessus et ai posé l’Objet.

Il trône sans régner dans mon univers qui s’élargit, au gué de conjonctions superbes. L’assemblage de mon présent tonne sous les arbres sans faîte, sous les ciels sans pic. Il y aura un avenir parce que nous voulons grandir et ça me rassure plus qu’une carrière.


Info on Kosovo: http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/Yougserbk.htm

10:11 27/06/2005 | Lien permanent |  Facebook

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