6
avr

Atelier Milady - Auto-Anthropophagie

L’anthropophagie est le comble de l’amour charnel. (George Elgozy).

 

C’est un festin dionysiaque auquel le monde est invité. La Gorgone repousse les singes qui lapent autour de son écuelle. Elle grogne et aboie contre les hyènes qui déchirent les rideaux. Les serpents de son crâne lacèrent ses épaules.

 

Qu’on amène les cœurs ! Qu’on apporte les reins ! Qu’on farcit les mamelles !

 

Elle vibre de tous ses corps gras, salive sous l’influence des effluves de rôts et s’essuie, d’un revers de ferraille dentaire, du suc de digitale qui suinte de ses lèvres limaces. Elle écarte ses dents et croque une artère de vierge. Elle rigole, une veine entre les molaires. Elle s’esclaffe si fort que les vitraux du sanctuaire se brisent contre les carrelages graisseux.

 

Tournez les broches ! Enfournez les gosses ! Evidez les viscères de naïfs !

 

Elle veut du bouillon de crétins, de la poule de luxe au pot. Les tambours nègres rythment la cadence de ses relents de panse dévoreuse. Des vagues d’haleine faisandée roulent sur les têtes des captifs. Les phacochères déchirent les pieds de sa chaise, la Gorgone les renvoie d’un coup de poing titanesque. Elle lance une vertèbre de prostituée pourléchée contre une colonne. Les écailles dorées du plafond arrondi tombent sur les hôtes décapités et quelques paillettes de feuilles de plâtre flottent dans sa coupe de vin d’office.

 

Qu’on présente l’armée de nourrissons en gelée ! Qu’on introduise les carcasses d’hommes d’affaires requins ! Qu’on me trempe dans de la soupe au lait maternel !

 

Elle se gave d’un pâté de foie de morues pétrifiées et enfile le long de ses doigts des troncs d’autistes catholiques. Elle mangera tant qu’elle rira. Elle rira tant que le monde grandira. Elle empoigne deux sexes de machos qu’elle visse sur son épaisse langue, puis recouvre le tout de crème Chantilly bleuie.

Les mets défilent. Les odeurs abondent. Deux princes de Nice fourrés aux marrons et dollars sont égorgés sur ses cuisses, elle trempe un technocrate ventru dans son giron. Elle éructe neuf fois avant de  tenter de se lever, soulevant avec son amas, des litres de bile marécageuse dégoulinant le long de sa trachée.

 

Que l’Humanité est délicieuse ! Que la nature humaine est fragile et savoureuse !

 

La Gorgone hisse son postérieur massif et le glisse sur le trou béant, près de l’autel des sacrifices et des offrandes. Elle défèque pendant qu’elle suce un fémur de suicidé. La place se fait dans son antre et elle pisse dru sur les charniers mitoyens.  

Alors, tout peut recommencer.

Que les naissances perdurent ! Que les aumônes de guerre s’éternisent !

Elle ne craint rien, elle sera toujours corpulente et repue. La Gorgone est là où nous voulons bien la loger, elle ne meurt jamais. La Gorgone est en nous. La Gorgone, c’est nous.

 

© Milady Renoir

 

(Illustration de Inka Essenhigh)

 

Nouveau Jeu: http://atelier-milady.skynetblogs.be/


11:43 06/04/2005 | Lien permanent |  Facebook

Les commentaires sont fermés.