10
fév

Mer Intérieure - Mar Adentro

Ça commence par le dernier film d'Amenabar, ça traite de l’euthanasie, ça invoque le choix de vie ou de mort sur sa propriété privée : la vie, ça s’illustre avec un Javier Bardem éclatant, entouré d’acteurs impressionnants, ça s’entend avec des dialogues saisissants de lucidité, ça joue avec le sel de la mer et des larmes en une unique respiration, ça prend aux tripes de penser à la disparition annoncée, ça pue l’amour et la force, ça fait un pied de nez aux compromis politiques, ça gène les crapauds de bénitier engraissés, ça donne envie de vivre mieux, ça tinte l’âme d’électricité, ça creuse l’esprit…

 

Ce film est un orage dans une ‘mer intérieure’. Il sévit sur nos sources, sur nos questions primaires, sur nos idéaux tremblotants. Il refuse le cliché, il dénonce la facilité et donne un contre-exemple au pessimisme désillusionné notoire en ces temps de nouvelle ère.

 

A la fin de la séance, notre voisine est hémiplégique et pleure contre l’épaule de celui qui a encore ses jambes et qui l’aime. La proximité de cette douleur plus véritable que quelques larmes au fond du siège me rappelle combien la nature est fébrile, combien la vie est humble et splendide à la fois. Et ça recommence… et ça repart… et ça me remet en colère… et ça me vibre le chambranle … et ça me donne une diastole en rabe.

 

Mais.

 

Quelle femme suis-je ? Une Jullia (qui voudrait choisir de mourir mais préfère le choix d’aimer et de sur-vivre au risque de tout perdre, y compris elle-même…) ou une Rosa (qui veut vivre l’idéal, deux êtres vivants et optimistes sans contraintes d’obscurité mais qui préfère finalement aimer l’homme qu’elle aime de la manière qu’il veut être aimé, mort et libre…).

 

Et moi ? Pourrais-je insuffler le cyanure dans les cordes vocales de mon homme ? Serais-je apitoyée sur mon propre sort devant la fin de l’Autre ? Suis-je de celles qui s’acharnent? Suis-je de celles qui acceptent ? Suis je de celles qui comprennent ? Suis-je de celles qu’on veut prendre avec soi de l’autre côté ? Suis-je de celles qu’on laisse sur le bas côté ? Suis-je de celles qui La craignent ou qui L’attendent ? Suis-je de celles qui suivent ou qui abandonnent ? Suis-je de celles qui vivent mal plutôt que de profiter ? Suis-je de celles qui aiment vraiment ? Suis-je de celles qui ont appris à aimer à tout prix ? Suis-je celles qui appliquent la liberté de choix ? Suis-je de celles qui donnent sans vouloir recevoir ?

 

 To be continued… (La réponse dans un prochain épisode).

 


11:46 10/02/2005 | Lien permanent |  Facebook

Commentaires

"Suis-je de celles qu’on laisse sur le bas côté ?" malheureusement c'est le quotidien des malades amputés de leur autonomie qui échouent dans les hôpitaux puis dans les mouroirs à petit feu...faute de fonds nécessaires, fautes de réparabilité de corps humain, faute du manque d'amour de leur proche ou de la peur que le handicap leur inspire...faute de la volonté de tous.

Écrit par : Noe | 11/02/2005

A la question "Pourrais-je insuffler le cyanure dans les cordes vocales de mon homme ?" le plus simple est d'essayer
:D

Écrit par : Blodhorn | 11/02/2005

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