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jan

Elle s'appelle Mélanie Jolie...

La rose est née de la fille. Docile comme une Sophie sans malheurs, la rose éclot à chaque rosée matinale et fane à chaque hululement de hibou. La rose née de la fille a le parfum infantile du poussin et délicat des fleurs fragiles. Elle affectionne les tentacules maternels de Gaïa qui la consolent quand elle crache les larmes. Car la rose souffre. La rose, née de la fille, brode son petit corps périssable de bijoux et de soie, tentant chaque jour de terminer son costume de joie avant l’orée de l’obscurité. Mais à chaque éclat d’étoiles, elle n’est plus qu’épines et échardes. Puis au premier rai de l’astre lumière, les ailes de son bouton se déploient et elle fleurit vers midi.

 

La rose, née de la fille, aimerait tant devenir feuille de houx, pomme de pin ou même vapeur de digitale. L’asthénie de sa chair, la transparence de ses ramilles, la courbe de ses pétales… tout l’exaspère, tout la chahute. Elle aimerait être force et colère quand elle n’est que fébrilité et soumission. Alors la rose née de la fille, avale des remèdes vénéneux, embrasse goulûment les charlatans du mauvais temps, se vend aux bonimenteurs rabatteurs. Chaque matin se révèle lutte et souffrance. L’essence de la rose ne quitte pas la fille.

 

Alors elle déchire sa patience en mille lambeaux, coud sur son corps jetable d’insalubres infamies. Elle torture ses ramures, tatoue des blasphèmes animistes sur ses joues, lacère sa roseur de haine ; elle tire sur ses cheveux d’eau, fait des nœuds avec ses bras. Elle oublie jusqu’à sa condition de fleur et se décolore même avant la tombée du jour. Elle oublie les choses qui la nourrissent, les éléments qui la forgent, jusqu’à l’origine même de son essence.

 

Mais la sempiternelle souplesse de sa carnation corruptible flétrit sans appel aux coups de minuit.

 

La rose, née de la fille, affûte un matin, le plus étincelant des couperais, la plus acérée des griffes et tranche, d’un coup sec, à quelques mètres sous Gaïa, les veines de sa racine primaire.

Son dernier souffle s’est jeté au centre d’une toile d’araignée placide. La souffrance ultime de la rose s’est évanouit dans un courant d’air et à côté de sa petite dépouille, pousse un chardon.

 

Hier matin, le garçon né de l’arbrisseau a épousseté la cloche de verre. Vernie de laque et de neige, la rose, née de la fille, repose sur un garrot de ronce sous les yeux attentionnés de son amoureux éperdu. Impuissant contre son chagrin, le garçon, née de l’arbrisseau, se plie jusqu’à la cassure sous la furie des vents froids depuis que sa rose n’éclot plus, cristallisée dans son dernier écrin sans qu’il ait pu la humer une dernière fois et lui dire qu’il l’aime.

 

 

(Illustration de Mari Mahr et dédicace pour Nehmain)




11:03 25/01/2005 | Lien permanent |  Facebook

Commentaires

à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire un superbe texte
pas ton meilleur mais presque

mais bon, ce n'était pas difficile
avec une telle source d'inspiration,
je ne vois pas comment l'on pourrait faire quelque chose de médiocre

(Merci Milady)

Écrit par : blodhorn | 25/01/2005

... Encore un texte à garder dans un coin secret...
Emmy (je me permets de t'appeler ainsi) je te grave dans mon écorce, tu n'y échappe pas...
Vraiment merci...

Écrit par : nehmain | 25/01/2005

ah! c'est avec un "y" alors?!

Écrit par : Blodhorn | 25/01/2005

. *se marre*
(oui bin quoi et alors?)
(non je psychote pas j'ai diiiiiiiiiiit)
>_<

Écrit par : luce | 26/01/2005

Ahhh t'es là ma luce

Écrit par : A | 26/01/2005

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