16
déc

La forme fond...

Oreille.

 

Il l’entend. Elle marche dans le grenier. Ses pas lourds assomment les planches vermoulues. Le poids de la dame déchire les lattes vieillies par des ans oubliés. La porte condamnée cède d’un coup de vent dans un fracas soudain et violent. Les marches de l’escalier rogue grincent sous le poids de l’épaisse veuve. Le bruissement de ses draps moirés souffle dans le vide. Le lit du vieil homme se met à cogner contre le mur. L’ampoule de la lampe de chevet éclate. Elle avance.

 

Nez.

 

Les parfums de l’obscurité cessent d’infiltrer la petite chambre. Les feuilles du vieux hêtre ne diffusent plus leur essence caramel sous les toits. Une bouffée d’air vicié s’immisce sous le seuil de la porte, amenant avec elle, une émanation d’ammoniaque qui traverse les naseaux du vieil homme pétrifié. La sueur fétide de sa peur coule le long de ses veines transparentes. Les effluves de vieux papier humide, de cave pourrie et de couloirs d’hôpitaux envahissent la chambre rapiécée. Elle avance.

 

Œil.

 

La porte tombe, aplatie par une onde de choc poussiéreuse. Les tapis sont balayés, ils emmènent les chaussons et les moutons sous les armatures du lit en fer forgé. Les meubles aux couleurs passées, suintent de sénescence. L’ombre tanière perfore la faible lumière d’un réverbère persévérant. Les mètres carrés rapetissent sous la masse ébène. La rapidité du geste de la nuée opaque saisit l’homme. Il s’accroche aux draps comme à la branche le long de la falaise. Ses dents dans la gorge, il hurle des yeux et tend ses bras devant. Elle avance.

 

Main.

 

Les phalanges recroquevillées et les ongles recourbés s’affalent sur le corps sibyllin du vieillard. Elle perce sa cuisse d’un poing piquant. La bouche béante, elle suce les pieds jaunis du presque mort. Le corps malingre et blanchâtre de l’ancien est absorbé par l’obscur vide. Les dents contre la faux, il passe ses bras de l’autre côté, à travers les barbelés électriques. Happé dans un trou moelleux, il s’enfonce dans un tube de gel et de feu et gratte contre les parois, en poussant loin de lui ces cloisons étouffantes. Elle avance encore.

 

Bouche.

 

Englouti par les soies et les éperons, le vieil homme a son œsophage gonflé de coton rêche. Sa salive décompose ses cordes vitales. Ses joues fondent, telles ces cachets effervescents trop avalés sans conscience. L’âpre amertume attaque les papilles, une par une. Ses mucus se liquéfient et putréfient son palais. La bile arrive d’un jet dans sa gorge, entraînant dans la coulée de lave, les toxines venimeuses qui vident sa vie. La dame verse la goutte saline qui nettoie le réceptacle. Elle recule.

 

(inspiration graphique de Inka Essenhigh)

 
 

14:17 16/12/2004 | Lien permanent |  Facebook

Commentaires

saint seiya dans les Chevaliers du zodiaque, on apprend qu'il y a 7 sens...

j'attend la suite

Écrit par : Blodhorn | 16/12/2004

,,, Argh !

Écrit par : MoZ | 16/12/2004

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