15
nov

Petit bijou noyé par un nénuphar

La proie se meurt. Elle gigote telle l’anguille avant le couperai. Le manipulateur des ombres guette. La proie ne pense plus, les muscles gelés, elle danse le macabre soubresaut. La proie est belle telle la face d’une jeune fille noyée sous un nénuphar. Vestale sacrifiée sous un violon meurtrier, elle crie sous le sombre silence que l’or et le fer imposent, sent que le sang parcoure sa dernière montée. L’envers du décor surgit. L’espace marie l’effroi.

La proie se meurt, enroule ses cheveux fourchus à califourchon sur ses doigts crochus. Les piques transpercent les carreaux dans l’eau.

 

Le souffle fait ses adieux déchirants devant une scène en flammes. Le corps à l’étroit dans un étau de cuisses tranchées, la proie gémit pour se ramener à la surface, mais la branche casse, fébrile édifice sous pression. Echappatoire vaporeuse, la bouche pincée crache l’or et le vert en salivant. La proie est belle, l’homme pérenne le sent. L’air applaudit. L’ombre, généreuse et sourde couvre l’éclat, inflige la présence qui avance à petit feu. La cape du démon recouvre les pieds incolores.

 

L’âme se dit qu’il n’est jamais trop tard pour se fendre. La proie se mire dans la nappe de boue et compte ses deux temps de pouls. L’insolent premier arrive… un… le deux se fait attendre. L’éternité n’a qu’un prix, celui de l’impatience. La proie fixe le bourreau acerbe, aime et exècre les crocs du dépouilleur, elle l’a attendu autant qu’elle l’a craint.

Il décide. Il trucide. Il régicide.

Elle est belle, la proie, tenace comme une porte de four crématoire, querelleuse comme une erse de boucher, atrabilaire comme une phalange de coup de poing, nerveuse comme une dent de scie inaudible. Belle. Il est force.

 

Le sac de sang explose dans les narines du suceur, qui lèche le nectar visqueux avec la délectation du gourmet égotiste. La lame sillonne les peaux de chagrin d’une abstruse assurance. Les choses se mêlent aux autres, les ongles accrochent les muscles de lin. La fin rôde. Deux… Le deux lève le doigt, il est temps de soulager, de croire au divin, de détruire l’humain, d’accuser un Dieu. La proie est belle, la strige s’érige. Il contemple sa noix décortiquée, rôtissant sous la lune roussie dans un rêve lapidaire. La nuit est la consolation de son désespoir. Perse sonne, n’y voit rien. Après le deux, ne vient pas toujours la suite…

 

 

(Photo de Erik Slayton)


14:18 15/11/2004 | Lien permanent |  Facebook

Commentaires

très belle allusion à l'abandon amoureux, je me trompe ?

Écrit par : Nola | 15/11/2004

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