10
nov

Film d'une véritable aventure - Schultze gets the blues

Schultze n’est ni un bon, ni un méchant, ni un flic, ni un espion, ni un trafiquant de drogues. Vous l’aurez compris, ce film n’est pas une production américaine. Dans ce film allemand, tout le monde porte les bretelles, des salopettes, des lunettes et le ventre bas. On se croirait presque dans un Derrick ou dans Papa Schultz, justement.

On ne sourit pas sinon on réalise combien on s’ennuie. On parle peu sinon on s’engueule. On ne rêve pas sinon on meurt.

 

Schultze est donc un gros monsieur, l’oreille et la joue rouge, le regard vitreux Un minier devenu obsolète dans une mine à abandonner. Schultze a deux collègues, avec lesquels il pêche sur la voie ferrée, il boit des bières sur des sous-bocks (http://www.ifrance.com/sbcollection/ ) à la coopérative. Mais surtout, Schultze, le seul truc qu’il sait bien faire, c’est jouer la Polka, il joue de l’accordéon, comme son papa, minier lui aussi… mais je ne vais pas m’attarder sur la fatalité des répétitions générationnelles ni sur le conservatisme prussien des zones de campagne de Saxe, ça a peu d’intérêt, du moins à mes yeux.

 

Schultze est, de ce fait, un homme qui vit dans une maison en tôle verte, il collectionne les nains de jardin. La décoration intérieure est « simple » : les murs couverts de papier peint marron couvert de losanges, un canapé avec quatre coussins dépareillés représentant des cerfs sur des montagnes, et quelques lampes en forme de rocher. La seule femme de la maison est la radio qui parle de risques pour la santé et seule, sa loupiote de veille investit cette bicoque.

Schultze a le blues, le spleen, il s’ennuie. Personne autour de lui. La dureté des collines de houille, la boue des chemins sans fin... la retraite forcée est cruelle quand le seul bonheur possible est de croquer un oignon cru pour accompagner son tartare à la Gewürtz

 

Une nuit, Schultze a une apparition sonore… La musique du sud des Etats-Unis. De petites luttes en grandes frustrations, de Polka centenaire à la Jambalaya (http://www.gumbopages.com/food/jambalaya.html ), il fait le grand pas. The American Dream… (En quelque sorte !)

 

Alors, c’est l’Amérique (Jo Dassin peut être fier…). Le Texas. Le ‘Edelweiss Inn’ au bord de l’autoroute avec le jacuzzi dehors, près de la pompe à essence Texaco. Mais à l’instar des chapeaux de CowBoys, les gens sont les mêmes, obèses avec les salopettes, les chemisiers à fleurs pour les dames (qui sont plus entreprenantes qu’en Saxe), les bières, les accordéons… sauf qu’ils sourient, qu’ils rient et qu’ils dansent.

 

De salle de bal paumée en terrain vague universel, de marécages en mer salée, Schultze est un pèlerin. La Louisiane, l’Acadie, le cajun, (http://globegate.utm.edu/french/globegate_mirror/cajun.html ), et la musique, celle qu’en Saxe, on appelle la « musique de nègre »... c’est celle qui vient du cœur, celle qui en-transe et métisse les âmes… y compris celle de Schultze.

 

Et l’histoire continue, elle est belle. Les plans sont blancs, brumeux, humbles, les personnages sont dignes d’Aki Kaurismäki, troublants de simplicité et d’humanité… Tout y est vrai, à part quelques touches poétiques à vous couper le souffle (seulement si on a oublié son cynisme bourgeois des villes dans le noir).

 

Et si vous me demandez si le héros meurt à la fin, je ne peux que vous répondre que c’est une des plus belles ‘Happy Ending’ que j’ai vues depuis des temps…

 

http://www.schultzegetstheblues.de/en/

 

- Das Ende -

22:32 10/11/2004 | Lien permanent |  Facebook

Commentaires

~Ï~ May the blues be with you ...

Écrit par : Nola | 11/11/2004

cinéma Ras-le bol de l'anti américanisme "primaire". ll y a d'excellentes choses dans le cinema (et la littérature) américains. Si on veut bien se donner la peine de les découvrir. Liste disponible sur demande :-)

Écrit par : Nobody | 11/11/2004

dommage de juger avant de savoir je suis autant fan d'auteurs et de films américains, je visais ici les blockbosters et autres mainstreams academy touche-pipi et flics gentils au dessus de tout...

j'ai ma propre liste, mais partageons, envoie moi la tienne et nous discuterons!

Écrit par : Milady Renoir | 11/11/2004

cinema etc OK, sorry, mais parfois, hum, je m'emporte...
Je t'enverrai une liste, mais dans qques jours, là je pars pour le long w-end... me réjouis de comparer !

Écrit par : Nobody | 11/11/2004

superbe j'ai adoré ce film... parce qu'il sent bon l'Amérique, justement.

Écrit par : Pamphile | 14/11/2004

Ach Schultze Great man ! (o)

Écrit par : Nobody | 14/11/2004

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